Deux duplex jumelés de 200 m² au sol, ouverts sur la lagune.
Construire deux logements sur une même parcelle n'est pas difficile. Les rendre habitables l'un à côté de l'autre l'est beaucoup plus.
Deux maisons mitoyennes se gênent de trois manières, et toutes se paient au quotidien. On s'entend : une conversation dans un salon s'entend depuis la chambre voisine. On se voit : une fenêtre ouverte donne sur la fenêtre d'en face, et les deux familles finissent par fermer leurs rideaux en permanence. Et on s'ombrage : le volume le plus proche prive l'autre de lumière une partie de la journée.
La conséquence habituelle est prévisible. Les façades intérieures se referment, les ouvertures deviennent des meurtrières, et chaque logement se retrouve éclairé sur un seul côté.
Accoler complètement les deux volumes, avec un mur mitoyen. C'est la solution la plus économique et celle qui laisse le plus de terrain libre. Elle règle le vis-à-vis en supprimant toute ouverture sur ce côté — donc en condamnant définitivement une orientation. Elle ne règle pas le bruit, un mur mitoyen transmettant davantage qu'on ne l'imagine.
Décaler les deux logements l'un par rapport à l'autre. Les fenêtres ne se font plus face, mais les volumes deviennent irréguliers, l'implantation consomme davantage de terrain, et l'une des deux maisons hérite systématiquement de la moins bonne position.
Orienter les deux logements dos à dos. Le vis-à-vis disparaît entièrement, mais l'un des deux tourne alors le dos à la lagune. Sur ce terrain, c'était renoncer à la seule chose qui lui donnait sa valeur.
Jumeler les deux habitations sans jamais les faire se toucher. Un vide les sépare — assez large pour que les regards ne se croisent pas, assez étroit pour ne pas gaspiller la parcelle.
Ce vide fait trois choses à la fois. Il rompt la transmission du bruit, puisqu'aucune paroi n'est commune. Il décale suffisamment les ouvertures pour que l'intimité ne dépende plus des rideaux. Et il laisse passer la lumière et l'air entre les deux volumes, ce qui permet de conserver de vraies fenêtres sur la façade intérieure au lieu de la fermer.
Les deux maisons peuvent ainsi rester ouvertes des deux côtés, et toutes deux regardent la lagune.
Chaque famille ouvre ses fenêtres sans arbitrer entre la lumière et le regard du voisin. La ventilation traversante fonctionne, ce qui réduit le recours à la climatisation dans les pièces de jour.
À l'intérieur, l'organisation sépare les usages plutôt que les pièces : deux salons, une salle à manger, trois chambres disposant chacune de sa salle d'eau, une dépendance autonome, une avant-cour et une arrière-cour. Le rooftop ouvre sur la lagune.
Ce projet a été livré et vendu.
Vue depuis la rue, fin de journée.
L'implantation est la décision la plus lourde d'un projet, et celle qui ne se rattrape jamais.